Entre Poutine et Trump, une ressemblance faite de haine, de dédain et de révisionnisme
Le photomontage paru le 24 janvier en couverture de l’hebdomadaire britannique The Economist, montrant Donald Trump chevauchant torse nu un ours polaire, se passe de sous-titre. Il renvoie sans équivoque à une autre image bien connue de Vladimir Poutine à cheval, torse nu, dans la toundra sibérienne, aussitôt détournée sur les réseaux sociaux avec un ours brun pour monture. « Je n’ai jamais encore monté un ours, mais de telles photos existent », affirmait, goguenard, le chef du Kremlin, sur la chaîne américaine NBC, en mars 2018. Le lien entre les deux dirigeants ne relève cependant pas que du cliché.
Dans le fond, comme dans la forme, les similitudes dans leur gouvernance sont troublantes, à commencer par une vision commune du monde partagé en sphères d’influence. Ce qui paraissait inimaginable il y a quelque temps encore est devenu concret : Donald Trump n’a pas hésité à revendiquer l’annexion pure et simple du Groenland « pour des raisons de sécurité », comme Vladimir Poutine l’avait fait, avant lui, en 2014, s’agissant de la Crimée. Les deux hommes affichent un impérialisme désinhibé, sans égard pour leurs alliés ou les « peuples frères » d’hier. Les territoires qu’ils revendiquent sont un dû.
L’Europe est pour eux une entrave, avec ses principes démocratiques, et donc un ennemi. Sidérés, les alliés de l’OTAN constatent qu’ils ne doivent plus seulement faire face à l’ingérence russe, mais également à l’ingérence américaine. Toutes les agences européennes créées pour tenter de parer aux intrusions numériques étrangères hostiles, à l’instar de Viginum, placée depuis 2021, en France, sous la tutelle du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, font le même constat : la désinformation américaine, massive, s’immisce dans tous les domaines de la sphère publique, qu’il s’agisse des élections ou des débats de société. Le « choix » politique russe ou américain, en faveur de l’extrême droite européenne, est commun. Les thématiques migratoires sont instrumentalisées.
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