Des combattants du PKK, en guerre contre la Turquie depuis quarante ans, déposent symboliquement les armes au Kurdistan irakien

Des forces de l’ordre kurdes sécurisent le site de la grotte de Casene, où des combattants du PKK doivent déposer les armes, dans le gouvernorat de Souleimaniyé, dans le nord de l’Irak, le 11 juillet 2025.

Une trentaine de combattants kurdes du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, en guerre contre Ankara depuis quatre décennies, ont procédé à une première opération de désarmement, vendredi 11 juillet en Irak. Selon une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP), quatre commandants du mouvement et leurs hommes ont déposé et brûlé leurs armes lors d’une cérémonie à 50 kilomètres à l’ouest de Souleimaniyé, dans la région autonome du Kurdistan, dans le nord de l’Irak.

Celle-ci s’est déroulée dans la grotte de Casene, connue pour avoir abrité une imprimerie qui a publié l’un des premiers journaux kurdes. Le PKK a salué une « opération historique et démocratique ». Il souhaite désormais participer à la vie politique turque, a déclaré à l’AFP la coprésidente du PKK, Bese Hozat. « Nous sommes prêts et disposés à nous engager dans la politique démocratique » de la Turquie, a-t-elle assuré.

Après l’opération de désarmement, les combattants devaient regagner les montagnes proches où ils sont basés, avait déclaré plus tôt un responsable du PKK à l’AFP.

Des représentants du gouvernement autonome du Kurdistan irakien et de son président, Nechirvan Barzani, ont assisté aux opérations, mais il n’a pas été précisé qui avait été dépêché par Ankara, hormis des membres des services de renseignements selon les médias turcs. Les autorités locales kurdes avaient annoncé peu avant avoir abattu deux drones à proximité des positions des forces kurdes, quelques heures avant le début des opérations.

La libération d’Öcalan, une « exigence première » du PKK

Un processus de paix lancé à l’automne 2024 doit permettre de tourner la page de plus de quatre décennies de violences qui ont fait au moins 40 000 morts, et résoudre la question kurde tant au niveau national que régional, selon les experts. Le 27 février, le chef du PKK, Abdullah Öcalan, 76 ans dont vingt-six passés en prison, a appelé le mouvement à « déposer les armes et (…) à se dissoudre », affirmant « assumer la responsabilité historique de cet appel ».

Mercredi, dans un message vidéo en turc, Abdullah Öcalan, aussi appelé « Apo » (« oncle ») par ses fidèles, avait confirmé l’imminence du désarmement. Toujours détenu sur l’île-prison d’Imrali, au large d’Istanbul, « Apo » ne réclame pas d’en sortir. La coprésidente du PKK, Bese Hozat, a cependant déclaré à l’AFP vendredi que la libération de M. Öcalan était l’« exigence première » du parti et « une condition fondamentale » pour poursuivre le processus de paix. « Tant que ce ne sera pas fait, il est très peu probable que [ce processus] se poursuive avec succès », a-t-elle ajouté.

Pour la Turquie comme pour ses alliés occidentaux, le PKK est considéré comme un mouvement terroriste. Paradoxalement, c’est le chef du parti nationaliste MHP, Devlet Bahceli, allié du président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a tendu la main à l’ennemi public, lui proposant d’appeler les combattants à renoncer à la lutte armée et à « venir s’exprimer devant le Parlement ». Le chef de l’Etat turc a récemment exprimé sa confiance de voir « une Turquie sans terroriste », espérant que « ce processus prometteur se conclurait avec succès le plus rapidement possible, sans obstacle, ni risque de sabotage ».

Les combattants kurdes ont régulièrement dénoncé la poursuite des bombardements turcs sur leurs positions en Irak malgré le processus en cours. Depuis les derniers violents combats qui avaient ensanglanté la ville turque à majorité kurde de Diyarbakir (Sud-Est) en 2015, les combattants du PKK sont principalement restés cantonnés dans les montagnes de Qandil, en Irak, soumis également aux opérations de ratissage de l’armée turque.

Le Monde avec AFP

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