Les européennes confirment la division politique de l’Allemagne entre l’Est et l’Ouest

Une affiche de l’AfD, à Francfort, le 13 mai 2024 : « Notre pays d’abord ! »

Trente-quatre ans après sa réunification, l’Allemagne reste politiquement coupée en deux. Aux élections européennes du 9 juin, le parti d’extrême droite AfD est arrivé en tête dans l’ex-Allemagne de l’Est (29,7 %) mais seulement à la quatrième place (13 %) dans la partie du pays située jadis à l’ouest du rideau de fer. Première à l’échelle nationale (30 %), la droite conservatrice (CDU-CSU) l’a nettement emporté dans l’Ouest (31,5 %). Mais elle ne s’est placée qu’en deuxième position dans l’Est, près de neuf points derrière l’AfD.

Les scores très élevés enregistrés par l’extrême droite dans l’ex-Allemagne de l’Est ne sont pas une surprise. Ils ne sont pas non plus limités à cette partie du territoire. « Dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest, en particulier dans certaines zones de Bavière ou de Hesse, où la démographie est vieillissante et où l’industrie est chancelante, l’AfD a eu de très bons résultats », explique Hans Vorländer, professeur de sciences et d’histoire politiques à l’université de Dresde. « Mais il est vrai qu’à l’Est s’ajoute un autre facteur : un sentiment de manque de considération, l’idée que la réunification s’est faite sur le dos des gens, comme s’il y avait eu une sorte de colonisation faite par l’Allemagne de l’Ouest sur celle de l’Est », explique M. Vorländer.

Au vu des résultats obtenus par l’AfD, les déboires qui ont émaillé sa campagne (ouverture de deux enquêtes contre sa tête de liste pour financement illégal venant de sources russes et chinoises, déclarations de ce dernier minimisant le caractère criminel des SS, révélation d’un « plan de remigration » fomenté par le parti pour déporter vers l’Afrique du Nord des millions d’Allemands d’origine étrangère) ne l’ont guère desservi. « Peut-être que l’AfD, sans ces scandales, aurait obtenu quelques voix de plus, mais ce qu’il faut bien constater, c’est qu’il a nettement progressé par rapport aux européennes de 2019 [avec 15,9 % des voix, soit une hausse de cinq points], et que, pour toute une partie de l’électorat, le fait qu’il soit un parti d’extrême droite soupçonné d’être stipendié par le Kremlin n’est absolument pas un facteur de répulsion », explique Johannes Kiess, professeur de sociologie à l’université de Leipzig et spécialiste de l’extrême droite.

Phraséologie pacifiste

En Allemagne, les élections européennes ont également vu l’apparition d’une nouvelle formation, l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), du nom d’une ancienne dirigeante du parti de gauche Die Linke, qui a recueilli 6,2 % à l’échelle nationale et 13,8 % dans les seuls anciens Länder d’ex-Allemagne de l’Est. Ces dernières semaines, la grande question qui se posait était la suivante : avec son positionnement très à gauche sur le plan social mais très conservateur sur les questions sociétales, l’immigration étant au premier chef, ce nouveau parti allait-il endiguer la poussée l’AfD ? Au vu des résultats de dimanche, la réponse est plutôt mitigée. « Il semble que le BSW ait plutôt attiré d’anciens électeurs du Parti social-démocrate [le SPD du chancelier Olaf Scholz], des gens qui ont voté autrefois pour Die Linke ou d’ex-abstentionnistes, mais pas massivement des électeurs de l’AfD », explique M. Kiess. « Contrairement à ce que beaucoup de gens avaient pensé ou espéré, le parti de Mme Wagenknecht a attiré assez peu d’électeurs de l’AfD, mais il a surtout séduit des gens qui votaient pour Die Linke, le SPD, voire la CDU », explique Benjamin Höhne, professeur de science politique à l’université de Chemnitz (Saxe).

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