Le projet de mine de lithium dans l’Allier reconnu d’« intérêt nationwide majeur »

Photo aérienne de la mine de kaolin d’Echassières (Allier), le 17 janvier 2024.

Le décret a été publié au Journal officiel en date du dimanche 7 juillet, quelques heures avant les résultats du second tour des élections législatives. Le projet d’une mine de lithium dans l’Allier, porté par le groupe français Imerys, a été classé « projet d’intérêt national majeur » par le gouvernement. Ce statut spécial, créé par la loi relative à l’industrie verte votée en octobre 2023, permet à des projets industriels jugés importants pour la souveraineté nationale et la transition écologique de bénéficier de mesures d’accélération ou de dérogations administratives, afin de faciliter leur développement.

Le projet « Emili » (pour « exploitation de mica lithinifère ») s’inscrit dans le cadre de la politique française visant à bâtir une nouvelle filière nationale de minerais et métaux stratégiques, afin d’être moins dépendant aux importations, notamment en provenance de Chine. Le lithium est une matière première centrale dans la fabrication de batteries pour véhicules électriques, alors que les moteurs thermiques doivent être interdits à la vente dans l’Union européenne à partir de 2035.

Le projet dans l’Allier, dont les investissements sont estimés à 1 milliard d’euros, serait la première ouverture d’une mine en France depuis près de cinquante ans. Selon Imerys, il permettrait de produire à partir de 2028 du lithium afin d’équiper 700 000 batteries par an pendant au moins un quart de siècle.

Colère

Plusieurs sites ont été retenus par l’entreprise : le projet d’extraction et de transformation du lithium serait situé à Echassières, dans une mine souterraine, sur la carrière de Beauvoir, où Imerys exploite du kaolin pour céramique depuis 2005 ; le site de stockage dans la commune de Saint-Bonnet-de-Rochefort, distante d’une quinzaine de kilomètres ; et l’usine de conversion pour le raffinage à Montluçon, à 49 kilomètres. Le transport du minerai d’un site à l’autre se ferait par voie souterraine ou par train. Imerys promet, à terme, entre 500 et 600 emplois directs, et un millier d’emplois indirects.

Annoncé en 2022, le projet Emili est soutenu par l’Etat et le gouvernement, mais il provoque l’opposition d’organisations de défense de la nature et d’une partie des populations locales, qui craignent des conséquences pour l’environnement et la santé. Un débat public a été lancé en mars, qui doit se conclure le 31 juillet, selon la Commission nationale du débat public (CNDP), laquelle présentera son bilan en octobre.

L’obtention du statut de « projet d’intérêt national majeur » avant même la fin du débat public provoque la colère des opposants. Pour l’association Préservons la forêt des Colettes, qui redoute une pollution des sols et des eaux liée à la mine autour d’Echassières, cette décision est « un passage en force » et « un déni de démocratie ». « C’est la preuve que ce débat n’est qu’une pure formalité mise en place par les pouvoirs publics et Imerys, et que l’avis des populations locales ne sera pas pris en compte », estime Etienne Philippe, membre de l’association.

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