Le bundle de 50 milliards de {dollars} d’Elon Musk soumis aux actionnaires de Tesla

Elon Musk, à Paris, le 16 juin 2023.

A l’époque, nul n’avait vraiment protesté, alors que Tesla était au bord de la faillite. En 2018, son PDG Elon Musk ne s’était fait attribuer aucun salaire, mais un plan d’actions dépendant du cours de Bourse, supposé être versé lorsque ses objectifs seraient atteints.

Valorisé à l’époque 2,3 milliards de dollars (2,14 milliards d’euros), il a finalement rapporté plus de 50 milliards de dollars à Elon Musk – une valeur pour l’instant virtuelle, puisque les droits d’acheter les actions n’ont pas été levées. Un package si délirant qu’un actionnaire a attaqué en justice et gagné, en janvier, devant la justice du Delaware où est immatriculée Tesla : le transfert des milliards a été annulé.

Jeudi 13 juin, les actionnaires de Tesla sont invités à se prononcer sur la restauration de ce plan de rémunération. L’affaire donne lieu à une bataille entre investisseurs. ISS et Glass Lewis, les deux plus grands conseillers de gouvernance d’entreprise, ont recommandé aux actionnaires de rejeter ce package. Le fonds pétrolier norvégien va voter contre, comme il l’avait fait en 2022, ainsi que le fonds de retraite des fonctionnaires de Californie, Calpers.

Lecture rétrospective

D’autres sont farouchement pour, comme le Scottish Mortgage Investment Trust, actionnaire de longue date de Telsa, qui ne veut pas renier son approbation de 2018, ou encore l’investisseuse Cathie Wood, fondatrice d’ARK et soutien indéfectible d’Elon Musk.

Les arguments échangés sont souvent classiques, entre ceux qui jugent le paquet excessif ex post, et ceux qui se réjouissent d’avoir profité de l’extraordinaire enrichissement apporté par Elon Musk, et mettent en garde contre la lecture rétrospective du succès de Tesla.

L’analyse la plus détonante est sans doute celle de Bradford DeLong, professeur d’histoire économique à Berkeley, qui prend Musk à son propre jeu, en accusant sa rémunération d’avoir été néfaste pour l’entreprise. A partir de 2018, souligne-t-il dans une tribune publiée le 11 juin par le New York Times, « ce salaire a contribué à le faire passer du statut de chef d’entreprise visionnaire à celui de bonimenteur bizarre ». M. DeLong estime qu’à partir de cette date, « Musk a surpromis, mais n’a plus surperformé » : des robots humanoïdes ! Des cybertrucks ! Des flottes de robots-taxis Tesla !

Autant de promesses qui ont fait s’envoler le cours de Bourse, mais n’ont pas été concrétisées. Bref, du bruit pour de l’argent, pas pour la performance. La calamité suprême de cette envolée Boursière fut de rendre possible le rachat de Twitter à un prix insensé, et de devenir la chambre d’écho des divagations d’Elon Musk.

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