HP : « A l’instar du courrier papier ou des disques vinyles, l’impression papier est en voie de marginalisation »

Les électeurs qui se sont rendus aux urnes, samedi 8 et dimanche 9 juin, s’en sont rendu compte immédiatement : il manquait des bulletins de vote. Pas ceux de Renaissance, du Rassemblement national ou de la France insoumise, mais des défenseurs des animaux, des pirates ou de l’espéranto. Sur les 38 listes enregistrées pour ces élections européennes, une bonne partie n’a pas réussi à fournir tous les bureaux de vote. La raison est simple, à 1 centime d’euro le bulletin, fournir les 49 millions d’inscrits peut devenir ruineux. Avec son budget de près de 70 000 euros, le Parti pirate, par exemple, pourtant l’un des plus connus, ne peut financer que l’impression de six millions de bulletins. D’autant qu’au-dessous de 3 % des suffrages, ces dépenses ne sont pas remboursées par l’Etat. Seule solution, demander à ses électeurs d’imprimer le billet chez eux.

Voilà au moins une décision qui a mis un peu de baume au cœur des fabricants d’imprimantes et de cartouche, car, de ce côté, les bonnes nouvelles ne sont pas légion. Le processus électoral français est l’un des derniers représentants de la civilisation du papier. De son bulletin de paie à son ticket de train, sans parler des journaux, la dématérialisation gagne chaque jour du terrain. Et le roi de l’imprimante, Hewlett-Packard (HP), leader mondial du secteur, est le premier à le reconnaître.

Lors d’une intervention à une conférence organisée par la société financière Bernstein, le 30 mai, Enrique Lores, le patron d’HP, a expliqué que le nombre de pages imprimées avait baissé de 20 % depuis la pandémie liée au Covid-19 et ses confinements. Explication principale, le télétravail, qui a contraint les employés à imprimer chez eux, ce qu’ils ont fait avec parcimonie.

Tendance de long terme

Cela a des conséquences directes sur les ventes de cartouches d’encre et d’imprimantes. Selon la firme d’analyse IDC, celles-ci ont baissé de 17 % au premier trimestre 2024, par rapport à l’année précédente, et même de 20 % en Europe. Le patron d’HP reconnaît que cette tendance de long terme ne s’inversera pas, même si sa domination forte du marché lui permet d’atténuer la chute (− 8 % au dernier trimestre).

Cela fait déjà longtemps que, pour des raisons de coût et d’environnement, les entreprises réduisent le volume des impressions. Les particuliers suivent cette voie depuis que les administrations, les transports ou les spectacles prennent l’habitude des transferts de fichiers et du scan des codes directement sur le smartphone. Cette tendance est d’autant plus fâcheuse pour les fabricants d’imprimantes que ce métier est resté longtemps très lucratif du fait du modèle économique inventé par le fabricant de rasoirs à lames Gillette : on vend pour presque rien le matériel (le rasoir, l’imprimante) et l’on se rattrape sur les consommables vendus avec des marges très confortables. Tout cela prend fin.

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