Guerre en Ukraine : la Suisse accueille une conférence pour « inspirer un futur processus de paix »

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky (à gauche), accueilli par le ministre suisse des affaires étrangères, Ignazio Cassis, à son arrivée à l’aéroport de Berne (Suisse), le 15 janvier 2024.

A quoi pourront bien servir des échanges sur une très hypothétique paix, quand l’artillerie tonne sur la ligne de front et que les missiles continuent à cibler quotidiennement des civils dans les villes d’Ukraine, comme mercredi 12 juin, où neuf personnes ont été tuées et 29 blessées dans une frappe russe sur le centre de Kryvy Rig, la ville natale du président ukrainien, Volodymr Zelensky ? Cette question lancinante planera ce week-end sur l’étrange rendez-vous intitulé « Conférence de haut niveau sur la paix en Ukraine », qui doit se tenir dans le luxueux complexe hôtelier du Bürgenstock (canton de Nidwald, Suisse centrale) à l’invitation de la diplomatie suisse, après que M. Zelensky lui a demandé, en janvier, d’imaginer un sommet de ce genre.

Berne a pris l’affaire très au sérieux, arguant que son statut d’Etat neutre et sa pratique ancienne de médiateur dans des conflits la mettaient en bonne position pour offrir ses « bons offices », une antienne reprise à l’envi par Ignazio Cassis, le ministre suisse des affaires étrangères. Depuis trois mois, celui-ci n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre le plus de pays possible de participer à la « conférence pour la paix » (et pas « de paix »), en se déplaçant par exemple à New Delhi et à Pékin.

Après avoir longtemps fait mine d’être intéressées, les autorités chinoises ont décliné l’offre. Elles ne viendront pas au Bürgenstock. Leur présence aurait peut-être permis de débloquer la participation d’autres membres des BRICS. Vendredi 14 juin, en fin d’après-midi, Berne a dévoilé une première liste officielle des participants confirmés. A part l’Inde (qui envoie en Suisse son… ambassadeur en Russie), aucun autre acteur majeur du Sud global (Brésil, Afrique du Sud) n’est présent, les deux pays se contentant d’envoyer des observateurs. L’Arabie saoudite est représentée par son ministre des affaires étrangères, Fayçal ben Farhan al-Saoud. De fait, le casting de l’événement représente à lui seul l’enjeu principal de cette réunion. Y prendre part ou non signifie presque de facto choisir son camp entre la défense de l’Ukraine et un soutien, même passif, au Kremlin. Ainsi, côté africain, le président ivoirien, Alassane Ouattara, est le seul à faire le déplacement.

Moscou dénonce une « farce »

Les Russes, eux, ne seront pas présents. Depuis des semaines, ils dénoncent cet exercice diplomatique comme une « farce, une absurdité ». Conscients du refus qu’ils auraient subi, les Suisses n’ont pas pris la peine d’envoyer une invitation, même si Ignazio Cassis a répété lundi en conférence de presse à Berne qu’« il n’y aura pas de processus de paix sans la Russie. La question n’est pas si la Russie sera à bord mais quand ».

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