« En Pologne, l’ivresse pro-européenne des premières années dans l’UE est passée »

Difficile de trouver un exemple plus chimiquement pur du succès de l’Union européenne (UE) que celui de la Pologne. Economiquement, le principal pays d’Europe centrale (40 millions d’habitants), qui vient de fêter le vingtième anniversaire de son accession à l’UE, a énormément bénéficié de cette entrée dans le marché unique.

Le produit intérieur brut (PIB) par habitant est passé de 48 % à 82 % de la moyenne de l’UE en vingt ans, le chômage a presque disparu, l’exode de la population vers l’Europe occidentale qui a eu lieu les premières années est terminé. Selon le Polish Economic Institute (PIE), la croissance polonaise a été 40 % plus élevée que si le pays n’avait pas rejoint l’UE. Toute l’Europe centrale a fait un spectaculaire bond économique depuis vingt ans, mais aucun pays n’a autant progressé que la Pologne.

Le pays a reçu des fonds européens nets (après déduction de la contribution polonaise au budget européen) de plus de 2 % de PIB par an, un montant colossal, digne d’un plan Marshall dont l’UE ferait bien de se vanter plus bruyamment. L’accès au marché unique, sans aucune barrière commerciale, a permis aux usines européennes, principalement allemandes, de trouver une zone de production compétitive à proximité, avec des coûts salariaux trois fois plus faible qu’en Allemagne ou en France.

Et pourtant, politiquement, l’enthousiasme est hésitant. Certes, une génération de jeunes gens qui avaient une vingtaine d’années autour de l’accession en 2004 reste fermement pro-européenne. « La grande histoire de la génération de mes parents était la fin du communisme, la nôtre était d’entrer dans l’UE », se rappelle Lukasz Trembaczowski, sociologue à l’université de Katowice, dans le sud-ouest du pays, qui terminait ses études lors de l’accession.

Soutien tiède

Mais l’ivresse pro-européenne des premières années est passée. Aujourd’hui, les sondages indiquent que les Polonais ont majoritairement une bonne image de l’UE (à 52 %, légèrement plus que la moyenne de 44 % de l’ensemble des vingt-sept pays membres), mais cela laisse quand même 38 % d’opinions neutres et 10 % de négatives. Quant à rejoindre la zone euro, la population y semble assez fermement opposée : 37 % sont pour, 56 % contre. Le zloty, qui apporte un avantage concurrentiel et demeure un symbole national important, n’est absolument pas remis en cause.

Ce soutien tiède à l’UE fait suite à huit années de gouvernement populiste, qui ont laissé des traces. Le parti Droit et justice (PiS), au pouvoir de 2015 à 2023, a systématiquement tapé sur Bruxelles, en faisant un bouc émissaire idéal, même s’il n’a jamais directement défendu une sortie de l’UE. Au fil des années, l’actuel président, Andrzej Duda, a notamment qualifié l’UE de « communauté imaginaire qui ne nous a pas apporté grand-chose » et a tancé Bruxelles avec ces propos : « L’Europe nous a abandonnés en 1945, qu’elle nous laisse tranquille aujourd’hui. » Le bras de fer politique a été très violent, menant à la suspension des fonds européens.

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