Emmanuel Roman, directeur général du premier fonds obligataire au monde : « Une politique économique qui n’a pas de sens est immédiatement punie par le marché »

Emmanuel Roman dans le jardin du cercle de l’Union interalliée, à Paris, le 12 juin.

Emmanuel Roman est l’un des Français les plus haut placés de la finance mondiale. Cet ancien de Goldman Sachs est aujourd’hui basé en Californie, où il dirige, depuis 2016, Pimco, la plus grosse société de gestion spécialisée dans le marché obligataire au monde, avec 1 900 milliards de dollars (environ 1 777 milliards d’euros) d’encours (équivalent aux deux tiers du PIB français). Ce spécialiste des dettes mondiales avertit d’une possible sanction des marchés si le Rassemblement national (RN) arrivait au pouvoir. Il estime, par ailleurs, que la hausse très rapide de la dette aux Etats-Unis « n’est pas durable ».

En 2022, vous disiez au « Financial Times » votre inquiétude de « voir 43 % des Français voter pour un néofasciste ». Aujourd’hui, l’extrême droite est aux portes du pouvoir. En tant que patron de l’une des plus grosses sociétés de gestion au monde, comment voyez-vous ça ?

Nous assistons à une croissance des mouvements populistes dans le monde entier, en Amérique latine, aux Etats-Unis, avec une fracture totale du monde politique, en France aussi. D’un point de vue macroéconomique, les vrais problèmes en Europe sont le niveau élevé de la dette, et l’inflation. Donc, politique mise à part, le seul vrai sujet est de savoir quoi faire vis-à-vis de la dette publique : soit augmenter les taxes, soit couper les dépenses publiques. Pour avoir lu le programme du Rassemblement national et leurs vingt-deux points, je peux dire qu’il n’y a pas un seul élément de réponse aux vrais problèmes macroéconomiques.

L’arrivée du RN au pouvoir risquerait-elle de provoquer une crise de la dette française ?

Les marchés sont capables de regarder sur le plus long terme. Ils savent que l’Europe est passée par beaucoup de hauts et de bas et a pu gérer des situations compliquées, comme celle de la Grèce, par exemple. Cela dit, une politique économique qui n’a pas de sens est immédiatement punie par le marché. Ce qui s’est passé avec Liz Truss en Angleterre [première ministre britannique en septembre et octobre 2022] en est l’exemple parfait. Elle avait essayé une politique économique différente [en présentant les plus importantes baisses d’impôts depuis les années 1980, laissant filer le déficit]. En l’espace d’une semaine, elle a été totalement sanctionnée par les marchés avec un mouvement sur la courbe des taux en Angleterre jamais connu auparavant.

La même chose peut-elle se produire en France ?

Les marchés corrigent très rapidement toute politique économique dénuée de sens, et cela est vrai pour n’importe quel pays. Cependant, la différence avec le Royaume-Uni est qu’en Europe nous avons une banque centrale [la Banque centrale européenne] qui est là pour veiller au grain. Parce que la France est au sein de l’Europe, le danger est donc relativement faible.

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