A Emmaüs, la fédération cherche une sortie de crise

Une manifestation de travailleurs sans papiers d’Emmaüs pour leur 144e jour de grève, devant la mairie de Saint-André-lez-Lille (Nord), le 21 novembre 2023.

Voilà près d’un an qu’Emmaüs est pris dans la tourmente. Jeudi 13 et vendredi 14 juin, l’association de lutte contre la pauvreté fondée par l’abbé Pierre se réunissait en assemblée générale et devait chercher l’épilogue d’une crise inédite. Plusieurs communautés, parmi les quelque 120 que compte le mouvement, ont été ébranlées par des grèves de compagnons qui dénoncent leurs conditions de travail.

Un numéro du magazine d’investigation Complément d’enquête, diffusé le 6 juin sur France 2, a révélé, en outre, des cas de défaillance de sécurité des compagnons, de mauvais traitements, de harcèlement et même des soupçons de détournement de fonds.

Des perquisitions ont, par ailleurs, été effectuées, le 4 juin, sur quatre sites de l’association dans le Tarn-et-Garonne, dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet de Montauban sur des faits de travail dissimulé au détriment de personnes vulnérables.

Un procès s’est enfin tenu, le 13 juin, devant le tribunal judiciaire de Lille au cours duquel trois dirigeants de communautés de Saint-André-lez-Lille et de Nieppe (Nord) ont notamment répondu des faits de travail dissimulé. Le procureur a requis un an de prison avec sursis et 2 000 euros d’amende à l’encontre du président de la Halte-Saint-Jean, implantée à Saint-André-lez-Lille, et deux ans de prison avec sursis et 3 000 euros d’amende à l’encontre de la directrice. Six mois de prison avec sursis ont été requis à l’encontre d’un ancien responsable de la communauté de Nieppe. La décision du tribunal sera connue le 5 juillet.

Un statut imaginé par les pouvoirs publics

Une vingtaine de compagnons de la Halte-Saint-Jean avaient à l’origine déposé plainte pour « traite des êtres humains », une qualification que n’a pas retenue la justice. Tous en situation irrégulière, et en grève depuis juillet 2023, ils dénonçaient des conditions de travail harassantes – à raison de quarante heures par semaine et pour certains depuis plusieurs années – et des promesses de régularisation non tenues. La personnalité de la dirigeante de la communauté était aussi mise en cause.

Officiellement, les compagnons des communautés Emmaüs ne sont pas des salariés mais pratiquent une « activité solidaire ». Ils participent au tri de vêtements ou de livres, au débarras de meubles, à la réparation d’appareils électroménagers, à la vente d’articles ou encore à des travaux d’entretien des bâtiments. En échange de quoi, ils sont nourris, logés et perçoivent une rétribution.

En 2008, pour clarifier la situation juridique des communautés, un statut d’organisme d’accueil communautaire et d’activités solidaires (Oacas) a été imaginé par les pouvoirs publics. Les structures agréées garantissent aux personnes accueillies un habitat digne, un soutien financier et un accompagnement social. Elles cotisent à l’Urssaf, ce qui permet aux compagnons de bénéficier de tous les droits qui découlent du régime général de la protection sociale : arrêt de travail et indemnités journalières, accident du travail ou encore retraite. Le statut Oacas avait été refusé par cinq communautés du Nord, dont celles dans la tourmente aujourd’hui.

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